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Étiquette : Sucres et sucres ajoutés

  • Sucres et sucres ajoutés : comprendre la différence pour mieux les réduire

    Sucres et sucres ajoutés : comprendre la différence pour mieux les réduire

    À retenir : Tous les sucres ne se valent pas dans leurs effets sur la santé : le sucre présent naturellement dans un fruit entier ou un produit laitier n’a pas le même impact métabolique que le sucre ajouté aux boissons, sauces ou céréales du petit-déjeuner. L’OMS recommande de limiter les sucres libres à moins de 10 %, idéalement moins de 5 %, de l’apport énergétique quotidien, un seuil que la majorité des Français dépassent sans s’en rendre compte tant ces sucres sont dissimulés dans des produits qui ne semblent pas sucrés. Réduire sa consommation ne nécessite pas de bannir le sucre, mais d’apprendre à repérer ses sources et à réajuster ses habitudes progressivement.

    Sucres naturels, sucres libres et sucres ajoutés : une distinction essentielle

    Le mot « sucre » recouvre des réalités très différentes. Il y a d’abord les sucres intrinsèques, ceux qui sont naturellement présents dans un aliment entier : le fructose d’une pomme, le lactose du lait, le glucose d’une carotte. Ces sucres sont emprisonnés dans une matrice de fibres, d’eau et de micronutriments qui ralentit leur absorption intestinale et limite les pics de glycémie. Manger une orange entière n’a donc pas le même effet métabolique que boire un jus d’orange, même pressé maison, car le simple fait d’extraire le jus détruit cette matrice fibreuse et libère les sucres sous une forme rapidement assimilable.

    C’est précisément cette distinction qui a conduit l’Organisation mondiale de la santé à définir la catégorie des « sucres libres » : elle regroupe les sucres ajoutés par l’industriel, le cuisinier ou le consommateur (saccharose, sirop de glucose-fructose, miel ajouté), mais aussi les sucres naturellement présents dans les jus de fruits, les nectars et les concentrés, du fait de leur libération de la structure végétale. Seuls les sucres du fruit entier, du légume et du lactose contenu dans le lait et les produits laitiers non sucrés échappent à cette classification. Comprendre cette nuance change concrètement les choix alimentaires : privilégier une compote maison sans sucre ajouté plutôt qu’un jus de fruit industriel, par exemple, permet de conserver les fibres et de limiter l’impact glycémique, comme le détaille notre article sur la Compote de fruits maison sans sucre ajouté.

    Fruits frais colorés

    Ce que recommandent l’OMS et l’Anses

    Depuis sa directive de 2015, l’OMS recommande de limiter les sucres libres à moins de 10 % de l’apport énergétique total journalier, soit environ 50 grammes pour un adulte consommant 2000 kcal par jour, et suggère qu’une réduction supplémentaire en dessous de 5 %, soit environ 25 grammes ou six cuillères à café, apporterait des bénéfices additionnels pour la santé bucco-dentaire et le poids. En France, l’Anses et le Programme National Nutrition Santé (PNNS) reprennent cette logique en insistant particulièrement sur la réduction des boissons sucrées, recommandant de ne pas dépasser un verre par jour et, idéalement, de les réserver à des occasions ponctuelles plutôt qu’à une consommation quotidienne.

    Les enquêtes de consommation alimentaire menées par Santé publique France montrent que ces repères sont largement dépassés dans certaines tranches de la population, notamment chez les adolescents et jeunes adultes, où les boissons sucrées et les produits ultra-transformés contribuent fortement aux apports en sucres libres. Ce dépassement n’est pas toujours perçu par les personnes concernées, car il résulte moins d’un geste conscient d’ajouter du sucre que de l’accumulation de petites quantités dissimulées dans des dizaines de produits du quotidien, du pain de mie aux sauces en passant par les barres de céréales présentées comme équilibrées.

    Où se cachent les sucres ajoutés dans l’alimentation moderne

    Les sources évidentes de sucres ajoutés, sodas, pâtisseries, confiseries, sont rarement celles qui posent le plus de difficultés, car elles sont identifiées comme telles par les consommateurs. Le vrai problème vient des sources discrètes : sauces tomate industrielles, vinaigrettes toutes prêtes, pain de mie, céréales du petit-déjeuner même « complètes », laits végétaux aromatisés, yaourts aux fruits ou 0 % de matière grasse compensés en sucre pour la texture et le goût, charcuteries et plats préparés où le sucre sert d’exhausteur de goût et de conservateur. Une seule portion de certaines sauces peut ainsi apporter l’équivalent de deux à trois morceaux de sucre sans qu’aucune saveur sucrée ne soit perceptible.

    La mention « sans sucres ajoutés » elle-même mérite d’être lue avec discernement : un produit peut afficher cette allégation tout en étant sucré par du concentré de jus de fruit, qui reste un sucre libre au sens de l’OMS. C’est pourquoi apprendre à décrypter la liste des ingrédients et le tableau nutritionnel reste le geste le plus efficace pour reprendre la main sur ses apports, comme l’explique notre article Lire une étiquette alimentaire en trois gestes. Repérer les multiples noms sous lesquels se cache le sucre ajouté, sirop de glucose-fructose, dextrose, maltodextrine, sirop d’agave, sirop de riz, permet d’éviter les pièges du marketing nutritionnel qui présente certains produits comme sains simplement parce qu’ils ne contiennent pas de « sucre blanc ».

    Petit-déjeuner sain et équilibré

    Les effets d’une consommation excessive sur la santé

    Une consommation élevée et prolongée de sucres ajoutés est associée à un risque accru de prise de poids, de résistance à l’insuline et de diabète de type 2, notamment lorsque ces sucres proviennent de boissons sucrées consommées en dehors des repas, qui ne procurent pas de sensation de satiété proportionnelle à leur apport calorique. Des travaux publiés dans des revues comme Diabetes Care ont montré une association entre la consommation régulière de boissons sucrées et un risque augmenté de syndrome métabolique. Le foie, qui métabolise le fructose en excès, peut également être sollicité de façon excessive, un mécanisme impliqué dans le développement de la stéatose hépatique non alcoolique lorsque les apports sont chroniquement élevés.

    Au-delà de ces effets métaboliques directs, un apport élevé en sucres ajoutés a souvent pour conséquence indirecte d’évincer d’autres aliments plus rassasiants et riches en fibres, en vitamines et en minéraux. Un enfant qui consomme quotidiennement des céréales sucrées et des jus de fruits laisse mécaniquement moins de place aux légumineuses, aux légumes et aux céréales complètes, dont l’apport en Fibres : comment en mettre plus dans ses repas ? est pourtant associé à une meilleure régulation glycémique et à une satiété plus durable. Le sucre n’est donc pas un poison en soi, mais son excès a un coût d’opportunité nutritionnel qu’il est utile de garder à l’esprit.

    Réduire sa consommation sans frustration : des stratégies concrètes

    La bonne nouvelle est que le goût pour le sucre s’ajuste avec le temps : des études d’adaptation sensorielle montrent qu’une réduction progressive et régulière de la quantité de sucre ajoutée dans le café, les yaourts ou les pâtisseries maison permet, en quelques semaines, de retrouver du plaisir avec des versions bien moins sucrées, sans sensation de manque. Diminuer de 10 à 20 % la quantité de sucre dans une recette maison passe le plus souvent inaperçu au goût, alors qu’une réduction brutale de moitié est davantage perçue et risque de générer de la frustration.

    Plusieurs leviers concrets aident à tenir cette réduction dans la durée : remplacer les boissons sucrées par de l’eau, des infusions ou de l’eau pétillante aromatisée d’un trait de citron ; choisir le fruit entier plutôt que le jus, en s’appuyant sur les fruits de saison qui sont naturellement plus savoureux, comme le rappelle notre article Manger de saison : pourquoi et comment s’y mettre sans y penser ; associer systématiquement une source de sucre à des fibres ou des protéines pour ralentir l’absorption, une logique déjà présente dans la façon de Composer un repas équilibré sans compter chaque gramme. Manger plus lentement et en pleine conscience, en prêtant attention aux signaux de satiété, aide également à limiter les prises alimentaires purement compulsives liées au sucre, comme le développe l’article Manger en pleine conscience au quotidien : ralentir sans repas cérémonieux. Ces habitudes rejoignent d’ailleurs les schémas alimentaires observés dans les Zones bleues : ce que mangent les populations qui vivent le plus longtemps, où le sucre ajouté occupe une place marginale, réservée aux occasions festives plutôt qu’à la consommation quotidienne.

    Sources et références

    • Organisation mondiale de la santé (OMS), Guideline: Sugars intake for adults and children, 2015.
    • Anses / Programme National Nutrition Santé (PNNS), Repères de consommation relatifs aux boissons et produits sucrés.
    • Santé publique France, Étude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition (Esteban), volet consommations alimentaires.
    • Harvard T.H. Chan School of Public Health, The Nutrition Source, « Added Sugar in the Diet ».
    • Malik VS, Popkin BM, Bray GA, et al., « Sugar-Sweetened Beverages and Risk of Metabolic Syndrome and Type 2 Diabetes », Diabetes Care, 2010.

    Ces informations générales ne remplacent pas une consultation auprès d’un professionnel de santé.