À retenir : La vitamine K est surtout connue pour son rôle dans la coagulation sanguine, mais elle intervient aussi dans la fixation du calcium sur les os. Ses meilleures sources sont les légumes verts feuillus, faciles à intégrer au quotidien. Pour les personnes traitées par anticoagulants de type antivitamine K, la question n’est pas d’éviter la vitamine K mais de maintenir des apports réguliers et stables, en lien avec le médecin traitant.
Une vitamine liposoluble aux deux visages : K1 et K2
La vitamine K existe sous deux formes principales. La vitamine K1, ou phylloquinone, est la forme largement majoritaire dans l’alimentation occidentale et provient essentiellement des légumes à feuilles vertes. La vitamine K2, ou ménaquinone, est produite en petites quantités par les bactéries de notre flore intestinale et se trouve aussi dans certains aliments fermentés et produits animaux, notamment le natto japonais, certains fromages affinés et le jaune d’œuf. Les apports recommandés par l’Anses se situent autour d’un microgramme par kilogramme de poids corporel et par jour, soit environ 70 à 90 microgrammes pour un adulte, un seuil généralement facile à atteindre par l’alimentation courante puisque les légumes verts en contiennent en abondance. Contrairement à d’autres vitamines liposolubles comme la vitamine A, la vitamine K ne s’accumule pas de façon problématique dans l’organisme, et les carences alimentaires franches restent rares chez l’adulte en bonne santé, sauf en cas de troubles digestifs sévères affectant l’absorption des graisses ou de traitement antibiotique prolongé perturbant la flore intestinale productrice de vitamine K2.

Le rôle central dans la coagulation sanguine
La vitamine K doit son nom à sa découverte, en 1929, par le chercheur danois Henrik Dam, qui l’a nommée d’après le mot allemand « Koagulation ». Elle est indispensable à l’activation de plusieurs facteurs de coagulation produits par le foie, notamment les facteurs II, VII, IX et X, qui permettent au sang de coaguler normalement en cas de blessure. Une carence sévère en vitamine K, aujourd’hui rare chez l’adulte mais surveillée systématiquement chez le nouveau-né (qui reçoit une supplémentation prophylactique à la naissance en France, car le placenta laisse peu passer cette vitamine et le lait maternel en contient peu), se traduit par des saignements anormaux et un allongement du temps de coagulation. Chez l’adulte sain avec une alimentation variée incluant régulièrement des légumes verts, comme le propose notre recette de Salade tiède de pois chiches et légumes rôtis, une carence d’origine purement alimentaire est peu probable.
Un rôle moins connu mais réel dans la santé osseuse
Au-delà de la coagulation, la vitamine K intervient dans la carboxylation de l’ostéocalcine, une protéine produite par les cellules osseuses qui participe à la fixation du calcium dans la matrice osseuse. Sans une carboxylation adéquate, l’ostéocalcine reste sous une forme moins active, ce qui pourrait, selon plusieurs études observationnelles, être associé à une densité osseuse plus faible et à un risque accru de fracture chez les personnes présentant un statut bas en vitamine K, notamment les femmes ménopausées. Les essais d’intervention testant une supplémentation en vitamine K pour prévenir les fractures donnent toutefois des résultats moins tranchés que pour la vitamine D et le calcium, et la vitamine K ne doit pas être considérée comme un pilier isolé de la santé osseuse, mais plutôt comme un facteur qui s’ajoute à un ensemble plus large incluant le calcium, la vitamine D et l’activité physique porteuse de charge. Ce lien entre plusieurs nutriments illustre bien pourquoi les besoins nutritionnels évoluent et se combinent différemment selon l’âge, un sujet approfondi dans notre article Nutrition et âge : comment les besoins évoluent avec le temps.

Sources alimentaires et absorption
Les légumes à feuilles vertes foncées sont, de loin, les meilleures sources de vitamine K1 : le chou frisé (kale), les épinards, le persil, la roquette, le brocoli et les choux de Bruxelles en contiennent des quantités très élevées, parfois plusieurs centaines de microgrammes pour 100 grammes. Une simple portion quotidienne de légumes verts couvre donc largement les besoins. Étant une vitamine liposoluble, son absorption intestinale est améliorée par la présence de matières grasses au même repas, ce qui justifie l’habitude méditerranéenne d’assaisonner généreusement les légumes avec de l’huile d’olive, comme dans notre Poêlée de légumes méditerranéens à l’huile d’olive. Ce principe rejoint plus largement l’intérêt des bonnes graisses dans l’assimilation des micronutriments liposolubles, décrit dans notre article sur les bonnes graisses : huile d’olive, oméga-3 et santé cardiovasculaire. Consommer un légume vert cru ou cuit accompagné d’un filet d’huile d’olive à chaque repas principal reste une façon simple et fiable de couvrir ses besoins sans recourir à une supplémentation.
Anticoagulants et vitamine K : une interaction à gérer, pas à fuir
La confusion la plus fréquente concerne les personnes traitées par des anticoagulants dits antivitamine K, comme la warfarine ou l’acénocoumarol, prescrits notamment en cas de fibrillation auriculaire ou après la pose d’une valve cardiaque mécanique. Ces médicaments agissent justement en bloquant partiellement le recyclage de la vitamine K par le foie, ce qui ralentit la production des facteurs de coagulation et fluidifie le sang. Une idée reçue répandue consiste à croire qu’il faut éviter les légumes verts lorsqu’on est sous ce type de traitement : c’est une erreur qui peut être contre-productive et même dangereuse. L’enjeu réel n’est pas d’éliminer la vitamine K de l’alimentation, mais de maintenir des apports réguliers et stables d’un jour à l’autre, car ce sont les variations brutales de consommation (une semaine sans légumes verts suivie d’un excès soudain) qui déstabilisent l’équilibre du traitement et rendent le suivi de l’INR (le marqueur sanguin utilisé pour ajuster la dose d’anticoagulant) plus difficile. Les personnes concernées doivent donc discuter avec leur médecin ou leur pharmacien de la meilleure façon d’intégrer des apports constants en légumes verts plutôt que de les supprimer, et signaler tout changement alimentaire important. Il faut également noter que l’alcool peut interagir avec ces traitements et perturber la coagulation, un sujet traité dans notre article Vin, alcool et santé : ce que dit vraiment la science, ce qui renforce l’importance d’un suivi médical rapproché pour toute personne sous anticoagulant plutôt que de gérer seul ces interactions.
Sources et références
- Anses, Actualisation des repères alimentaires du PNNS – Vitamine K, 2021
- Harvard T.H. Chan School of Public Health, The Nutrition Source, « Vitamin K »
- Haute Autorité de Santé, Recommandations sur le bon usage des antivitamines K
- EFSA, Scientific Opinion on Dietary Reference Values for vitamin K, 2017
- Booth SL, « Roles for vitamin K beyond coagulation », Advances in Nutrition, 2012
Ces informations générales ne remplacent pas une consultation auprès d’un professionnel de santé.
