L’Assiette qui Soigne — le magazine de la nutrition pratiqueInspiré de la Méditerranée, pensé pour vous

Étiquette : Grossesse

  • Grossesse : besoins nutritionnels, aliments à privilégier et précautions à connaître

    Grossesse : besoins nutritionnels, aliments à privilégier et précautions à connaître

    À retenir : Les besoins nutritionnels augmentent pendant la grossesse, mais de façon modérée et non généralisée à tous les nutriments : l’enjeu est surtout la qualité de l’alimentation et la vigilance sur quelques points précis (folates, fer, iode, vitamine D, sécurité alimentaire). Chaque grossesse est différente et un suivi médical individualisé (sage-femme, gynécologue, médecin) reste indispensable pour adapter ces repères généraux à une situation personnelle.

    Des besoins accrus, mais pas doublés

    Contrairement à l’expression populaire « manger pour deux », les besoins énergétiques n’augmentent que modérément pendant la grossesse : selon l’Anses, l’apport calorique supplémentaire recommandé est nul au premier trimestre et de l’ordre de seulement 70 à 250 kilocalories par jour aux deuxième et troisième trimestres selon les cas, soit l’équivalent d’une collation, pas d’un repas entier. Ce qui augmente réellement, ce sont les besoins en certains micronutriments spécifiques, ce qui justifie de privilégier la densité nutritionnelle des aliments plutôt que la seule quantité. Les repères généraux pour composer des repas équilibrés restent une bonne base, détaillés dans Composer un repas équilibré sans compter chaque gramme, à discuter et ajuster avec le professionnel qui suit la grossesse en fonction de l’évolution du poids et de l’état de santé.

    Chaque grossesse ayant ses particularités (grossesse gémellaire, antécédents, pathologies préexistantes, évolution du poids), ces repères généraux ne remplacent en aucun cas le suivi individualisé assuré par la sage-femme, le gynécologue-obstétricien ou le médecin traitant, qui adaptera les recommandations à la situation de chaque femme.

    Cette précision a son importance car l’idée de « manger pour deux » conduit parfois à des apports caloriques excessifs, associés eux-mêmes à un risque accru de diabète gestationnel et de complications à l’accouchement. À l’inverse, une restriction trop importante, parfois motivée par la peur de trop grossir, peut priver le fœtus de nutriments essentiels à son développement. L’objectif reste donc un équilibre, individualisé et suivi par le professionnel de santé référent, plutôt qu’une règle stricte de plus ou de moins à appliquer soi-même.

    Les nutriments à surveiller particulièrement

    Certains nutriments méritent une attention accrue pendant la grossesse. Les folates (vitamine B9) sont essentiels dès le désir de grossesse et pendant le premier trimestre pour réduire le risque de certaines malformations du tube neural ; c’est pourquoi une supplémentation est généralement prescrite avant même la conception, en complément d’une alimentation riche en légumes verts, légumineuses et fruits. Le fer voit ses besoins augmenter significativement du fait de l’expansion du volume sanguin ; une carence est fréquente et peut nécessiter une supplémentation évaluée par une prise de sang, comme le détaille Fer : carences fréquentes, sources végétales et risques d’excès.

    L’iode joue un rôle central dans le développement neurologique du fœtus et les besoins augmentent nettement pendant la grossesse et l’allaitement, ce qui est développé dans Iode : rôle thyroïdien, sources alimentaires et risques d’un déséquilibre. La vitamine D, dont le statut est souvent insuffisant en population française selon Santé publique France, fait l’objet de recommandations de supplémentation ajustées par le professionnel de santé, à voir dans Vitamine D : carences fréquentes, sources alimentaires et rôle sur les os et l’immunité. Le calcium reste important pour la construction osseuse du fœtus, sans nécessiter de doubler les apports habituels chez la plupart des femmes, comme l’explique Calcium : besoins selon l’âge, sources au-delà des produits laitiers et rôle de la vitamine D. Enfin, les oméga-3 à longue chaîne (DHA), présents notamment dans les poissons gras, contribuent au développement cérébral et visuel du fœtus ; leur rôle et leurs sources sont détaillés dans Les bonnes graisses : huile d’olive, oméga-3 et santé cardiovasculaire. Toute décision de supplémentation, quelle qu’elle soit, doit être discutée avec le professionnel qui suit la grossesse : les besoins varient selon les analyses biologiques et les antécédents de chaque femme.

    Chez les femmes suivant une alimentation végétarienne ou végétalienne, une attention particulière doit être portée au fer, à la vitamine B12 (dont les seules sources fiables sont animales ou des aliments enrichis) et aux protéines, avec un accompagnement par une diététicienne ou un médecin recommandé pour sécuriser ces apports sur toute la durée de la grossesse et de l’allaitement.

    Grossesse : besoins nutritionnels, aliments à privilégier et précautions à connaître

    Aliments à éviter ou à limiter par précaution

    Certaines précautions alimentaires pendant la grossesse visent à limiter des risques infectieux ou toxiques bien identifiés. Pour prévenir la listériose, il est recommandé d’éviter les fromages au lait cru non pasteurisé, la croûte des fromages, les produits de charcuterie non cuits type rillettes ou pâtés, ainsi que les poissons fumés et crus. Pour prévenir la toxoplasmose chez les femmes non immunisées (information donnée lors du premier bilan de grossesse), la viande doit être bien cuite et les fruits et légumes soigneusement lavés. Les poissons riches en mercure comme l’espadon, le requin ou le marlin sont à éviter, tandis que la consommation de poissons gras plus riches en oméga-3 (sardine, maquereau, saumon) est encouragée avec une fréquence raisonnable, en alternant les espèces.

    L’alcool est à proscrire totalement pendant toute la grossesse, sans seuil de consommation reconnu comme sûr, un point sur lequel les autorités sanitaires françaises et internationales sont unanimes ; la question est traitée de façon plus large dans Vin, alcool et santé : ce que dit vraiment la science. La caféine est à limiter (l’Anses recommande de ne pas dépasser environ 200 mg par jour, soit environ deux tasses de café), et le tabac est également fortement déconseillé pour des raisons qui dépassent le cadre nutritionnel. Ces recommandations sont générales : en cas de doute sur un aliment ou une exposition passée, il est toujours préférable d’en parler directement avec la sage-femme ou le médecin plutôt que de chercher une réponse définitive en ligne.

    La consommation de compléments alimentaires « à base de plantes » (tisanes, huiles essentielles, compléments détox ou minceur) doit également être abordée avec prudence pendant la grossesse : de nombreuses plantes n’ont pas été évaluées pour leur sécurité chez la femme enceinte et certaines sont même contre-indiquées, ce qui justifie de systématiquement demander l’avis d’un professionnel de santé avant toute prise, y compris pour des produits présentés comme « naturels » ou en vente libre.

    Bien manger au quotidien sans complexifier

    Au-delà des points de vigilance, l’essentiel reste une alimentation variée construite autour de légumes et fruits, de légumineuses, de céréales de préférence complètes, de sources de protéines diversifiées et de matières grasses de qualité comme l’huile d’olive. Les nausées du premier trimestre, très fréquentes, peuvent rendre cet équilibre difficile à tenir certains jours : il est alors préférable de manger ce qui est tolérable en petites quantités fréquentes plutôt que de viser un équilibre parfait à chaque repas, et d’en parler avec un professionnel si les nausées sont sévères ou empêchent une hydratation suffisante.

    Le diabète gestationnel, qui touche une proportion significative de grossesses et est systématiquement recherché par un dépistage, peut nécessiter des ajustements alimentaires spécifiques (répartition des glucides notamment) qui doivent être définis avec une diététicienne ou un médecin en fonction des résultats individuels, et non appliqués de façon préventive sans diagnostic. De même, la prise de poids pendant la grossesse est variable et suivie individuellement par le professionnel de santé ; il n’existe pas d’objectif universel applicable à toutes les femmes.

    Grossesse : besoins nutritionnels, aliments à privilégier et précautions à connaître

    Après l’accouchement : des besoins qui évoluent encore

    Les besoins nutritionnels ne reviennent pas instantanément à la normale après l’accouchement, en particulier en cas d’allaitement, qui augmente à nouveau les besoins énergétiques et en plusieurs micronutriments, notamment l’iode et certaines vitamines. Cette période, souvent marquée par la fatigue et un temps disponible réduit pour cuisiner, bénéficie des mêmes principes généraux qu’ailleurs : privilégier des repas simples mais équilibrés plutôt qu’un contrôle strict, et ne pas hésiter à demander un accompagnement par une sage-femme, un médecin ou une diététicienne en cas de doute sur ses apports, sur la reprise de poids ou sur d’éventuels signes de dépression du post-partum, qui doivent toujours être pris au sérieux et signalés à un professionnel de santé.

    Il n’y a pas non plus d’urgence à retrouver un poids ou une silhouette antérieurs dans un délai précis après l’accouchement : le corps a besoin de temps pour récupérer, en particulier en cas d’allaitement, et une pression excessive sur ce sujet, très présente dans les représentations sociales, ne rend service ni à la santé physique ni à la santé mentale de la jeune mère.

    Sources et références

    • Anses, Actualisation des repères alimentaires du PNNS pour les femmes enceintes et allaitantes, 2019
    • Haute Autorité de santé, recommandations de suivi et de prévention pour les femmes enceintes
    • Santé publique France, recommandations de prévention de la listériose et de la toxoplasmose pendant la grossesse
    • Organisation mondiale de la santé, recommandations sur la nutrition pendant la grossesse, 2018
    • Anses, avis sur la consommation de poissons et l’exposition au méthylmercure chez la femme enceinte

    Ces informations générales ne remplacent pas une consultation auprès d’un professionnel de santé.