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Iode : rôle thyroïdien, sources alimentaires et risques d’un déséquilibre

Photo illustrative nutrition 25

À retenir : L’iode est indispensable à la fabrication des hormones thyroïdiennes, qui régulent le métabolisme de l’ensemble du corps et le développement cérébral du fœtus pendant la grossesse. Le sel iodé, les poissons de mer, les produits laitiers et certaines algues en sont les principales sources, mais l’équilibre est étroit : une carence comme un excès d’iode peuvent tous deux perturber le fonctionnement de la thyroïde, ce qui justifie une attention particulière plutôt que des prises à l’aveugle de compléments ou d’algues concentrées.

Le rôle central de l’iode dans la fonction thyroïdienne

L’iode est un constituant indispensable des hormones thyroïdiennes, la thyroxine (T4) et la triiodothyronine (T3), synthétisées par la glande thyroïde à partir de cet oligo-élément capté dans le sang grâce à un transporteur spécifique appelé symporteur sodium-iodure. Ces hormones régulent le métabolisme de base, c’est-à-dire la vitesse à laquelle l’organisme transforme l’énergie au repos, mais elles influencent aussi la température corporelle, la fréquence cardiaque, la croissance osseuse et, chez l’enfant à naître, le développement du système nerveux central dès les premières semaines de grossesse. C’est précisément ce dernier point qui rend les apports en iode particulièrement critiques pendant la grossesse : un déficit sévère chez la mère peut avoir des conséquences durables sur le développement cognitif de l’enfant, ce qui a conduit l’Organisation mondiale de la Santé à faire de la carence en iode l’une des causes évitables de retard mental les plus répandues au monde avant la généralisation du sel iodé au vingtième siècle dans de nombreux pays.

Historiquement, avant l’iodation systématique du sel, le goitre endémique touchait des régions entières éloignées de la mer, notamment certaines vallées alpines et pyrénéennes en Europe, où les sols et donc les cultures locales étaient naturellement pauvres en iode. L’introduction du sel iodé à partir des années 1920-1950 selon les pays a représenté l’une des mesures de santé publique les plus efficaces et les moins coûteuses du vingtième siècle, faisant reculer très nettement la prévalence des troubles thyroïdiens liés à la carence dans les populations qui en ont bénéficié. Ce succès de santé publique reste toutefois fragile : il dépend d’une consommation continue de sel iodé par la population, ce qui explique pourquoi les autorités sanitaires surveillent régulièrement les apports en iode au sein de la population, y compris dans les pays à haut niveau de vie. Certaines enquêtes de biosurveillance récentes ont ainsi montré une légère tendance à la baisse des apports en iode dans certains pays européens ces dernières décennies, en partie attribuée à la baisse de consommation de sel de table (souvent iodé) au profit de sel utilisé dans les aliments transformés (rarement iodé), ainsi qu’à une consommation moindre de produits laitiers chez certaines populations, ce qui justifie une vigilance continue plutôt qu’une conviction que le problème appartiendrait définitivement au passé. Cette vigilance concerne aussi bien les autorités sanitaires, qui ajustent périodiquement leurs recommandations en fonction des enquêtes de consommation, que chaque foyer, à qui il revient simplement de vérifier de temps en temps si le sel utilisé à la maison est iodé et d’inclure régulièrement des produits de la mer dans ses menus, deux gestes simples qui suffisent le plus souvent à sécuriser des apports globalement satisfaisants.

Poisson gras et fruits de mer

Les apports recommandés selon les étapes de la vie

Pour un adulte en bonne santé, les repères se situent autour de 150 microgrammes par jour. Ces besoins augmentent sensiblement pendant la grossesse, où l’on recommande généralement environ 200 microgrammes par jour, et plus encore pendant l’allaitement, où les besoins peuvent atteindre 250 à 290 microgrammes par jour du fait du passage de l’iode dans le lait maternel, nécessaire au développement du nourrisson dont la thyroïde est encore immature. Les enfants et les adolescents ont également des besoins spécifiques, généralement compris entre 90 et 130 microgrammes par jour selon l’âge, en lien avec leur croissance rapide. Ces chiffres expliquent pourquoi un suivi nutritionnel attentif est recommandé durant ces périodes, en complément des repères plus généraux évoqués dans l’article Nutrition et âge : comment les besoins évoluent avec le temps. En dehors de ces situations particulières, une alimentation variée incluant régulièrement des produits de la mer et des produits laitiers permet le plus souvent de couvrir les besoins sans qu’il soit nécessaire de recourir systématiquement à des compléments alimentaires vendus sans prescription.

Où trouver de l’iode dans l’alimentation

Le sel iodé, enrichi volontairement en iode depuis plusieurs décennies dans de nombreux pays, a permis de réduire fortement les carences sévères dans les populations qui en consomment régulièrement ; il ne s’agit toutefois que d’une partie du sel vendu dans le commerce, l’étiquette permettant de vérifier s’il est iodé ou non, un réflexe qui rejoint les conseils donnés dans l’article Lire une étiquette alimentaire en trois gestes. Les poissons de mer (cabillaud, colin, merlan, églefin), les crustacés et les mollusques constituent des sources naturelles fiables et relativement constantes, tout comme les produits laitiers, dont la teneur en iode dépend en partie des pratiques d’élevage et des produits de désinfection utilisés sur les trayons, qui peuvent enrichir accidentellement le lait en iode. Une Poisson en papillote, citron et herbes fraîches consommée régulièrement contribue ainsi utilement aux apports. Les algues marines, notamment le kombu et le wakamé, peuvent également apporter de l’iode, mais leur teneur est extrêmement variable et parfois considérable, ce qui en fait une source à manier avec prudence plutôt qu’un aliment à consommer sans limite, contrairement à une idée parfois répandue dans certains discours sur les compléments naturels et les super-aliments.

Salade fraîche et composée

La carence en iode : un risque encore présent

Malgré les progrès liés à l’iodation du sel, certaines populations restent exposées à des apports insuffisants en iode, notamment lorsque la consommation de sel iodé, de poissons et de produits laitiers est faible, ou chez les personnes qui suivent une alimentation végétalienne stricte sans attention particulière à cet oligo-élément, les sources végétales terrestres en étant naturellement pauvres. Une carence légère à modérée peut rester longtemps silencieuse, mais une carence plus marquée se traduit par un goitre, c’est-à-dire une augmentation de volume de la thyroïde qui tente de compenser le manque d’iode disponible en captant plus intensément le peu d’iode circulant, ainsi que par des signes d’hypothyroïdie : fatigue, prise de poids inexpliquée, frilosité, peau sèche, ralentissement du transit et de la concentration. Chez la femme enceinte, comme évoqué plus haut, les enjeux sont plus importants encore, ce qui justifie un suivi attentif de la thyroïde pendant cette période, en particulier chez les femmes qui présentaient déjà une fragilité thyroïdienne avant la grossesse, un suivi qui relève d’une prise en charge médicale spécialisée et non d’ajustements alimentaires isolés.

Un excès d’iode peut aussi déséquilibrer la thyroïde

Moins connu du grand public, un apport excessif en iode peut lui aussi perturber le fonctionnement thyroïdien, notamment chez les personnes ayant une prédisposition à des troubles auto-immuns de la thyroïde comme la thyroïdite de Hashimoto ou la maladie de Basedow. Ce risque concerne en particulier la consommation régulière et non contrôlée d’algues très riches en iode, comme le kombu séché, dont une seule portion peut apporter plusieurs dizaines de fois l’apport journalier recommandé, ainsi que certains compléments alimentaires à base d’algues commercialisés sans indication claire de leur teneur réelle, un problème régulièrement signalé par les autorités sanitaires lors de contrôles de produits. Un excès chronique peut provoquer, selon les cas et selon le terrain individuel, une hypothyroïdie ou au contraire une hyperthyroïdie, avec des symptômes qui se recoupent parfois avec ceux de la carence (fatigue, troubles du transit, variations de poids), ce qui rend le diagnostic clinique indispensable avant toute correction par soi-même. Cette dualité, où le même oligo-élément peut être problématique à la fois par défaut et par excès selon le contexte individuel, se retrouve dans plusieurs autres micronutriments abordés ailleurs sur ce site, et rappelle qu’une bonne nutrition ne consiste pas à maximiser un apport présumé bénéfique, mais à viser une fourchette d’apports adaptée à sa situation personnelle.

Face à la complexité de cet équilibre, où carence et excès peuvent produire des tableaux cliniques qui se ressemblent, le diagnostic ne peut reposer sur l’auto-observation de symptômes ni sur des tests non validés parfois proposés en dehors du circuit médical classique. Un dosage de la TSH (thyréostimuline), complété si besoin par d’autres marqueurs thyroïdiens et par une évaluation des apports alimentaires en iode, reste la démarche de référence pour objectiver une anomalie thyroïdienne et en identifier la cause probable. Les femmes en âge de procréer envisageant une grossesse, les personnes ayant des antécédents familiaux de troubles thyroïdiens et celles qui consomment fréquemment des algues ou des compléments à base d’algues ont particulièrement intérêt à évoquer ce sujet avec leur médecin traitant, plutôt que d’ajuster seules leur consommation sur la base d’informations glanées en ligne, souvent contradictoires sur ce sujet précis.

Une vigilance qui s’applique aussi aux « super-aliments » marins

Ce constat illustre une règle plus générale en nutrition : l’idée qu’un aliment naturel ne peut pas être pris en excès est erronée, et les algues, aussi intéressantes soient-elles nutritionnellement par ailleurs pour leur richesse en minéraux et en fibres, ne font pas exception. La mode récente de certaines algues présentées comme des super-aliments à consommer quotidiennement en grande quantité mérite donc d’être abordée avec discernement, en particulier chez les personnes ayant des antécédents thyroïdiens personnels ou familiaux. Une consommation occasionnelle et modérée d’algues, dans le cadre d’une alimentation variée inspirée par exemple du Le régime crétois : origines et ce que la science en retient aujourd’hui ou du Le régime méditerranéen expliqué simplement : ce que disent vraiment les études, ne pose généralement pas de problème chez une personne sans antécédent particulier, mais une consommation quotidienne et importante mérite d’être discutée avec un professionnel de santé, surtout en cas de fragilité thyroïdienne connue.

Les personnes qui réduisent volontairement leur consommation de sel pour des raisons cardiovasculaires, une démarche par ailleurs pertinente pour la tension artérielle, doivent garder à l’esprit qu’elles réduisent aussi mécaniquement une partie de leurs apports en iode si ce sel était iodé, ce qui justifie de compenser par une consommation plus régulière de poissons, de fruits de mer ou de produits laitiers plutôt que de simplement se priver sans réajuster le reste de l’alimentation. À l’inverse, les personnes qui suivent une alimentation végétalienne stricte, sans produits de la mer ni produits laitiers, présentent un profil de risque plus marqué de carence en iode et gagnent à intégrer une source fiable et dosée, comme un sel iodé utilisé avec modération ou, sur avis d’un professionnel de santé, un complément alimentaire à dose contrôlée plutôt que des algues à teneur imprévisible. Ce type d’ajustement illustre bien qu’il n’existe pas de recommandation universelle en matière d’iode : la bonne stratégie dépend directement de la structure globale de l’alimentation de chacun, ce qui renforce l’intérêt d’un accompagnement individualisé plutôt que de règles génériques appliquées sans discernement.

Sources et références

  • Organisation mondiale de la Santé (OMS), Guideline: Fortification of Food-Grade Salt with Iodine, et Iodine deficiency in Europe.
  • Anses, Avis relatif aux apports en iode et à l’iodation du sel, Table Ciqual.
  • Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), Dietary Reference Values for iodine, EFSA Journal, 2014.
  • Harvard T.H. Chan School of Public Health, The Nutrition Source, « Iodine ».
  • Zimmermann M.B., Boelaert K., « Iodine deficiency and thyroid disorders », The Lancet Diabetes & Endocrinology, 2015.

Ces informations générales ne remplacent pas une consultation auprès d’un professionnel de santé.

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