À retenir : la performance en sport d’endurance dépend largement de la gestion des réserves de glycogène et de l’hydratation. Avant l’effort, il s’agit de constituer des réserves énergétiques suffisantes ; pendant l’effort, de maintenir les apports glucidiques et hydriques selon la durée et l’intensité ; après l’effort, de favoriser une récupération rapide par un apport combiné en glucides, protéines et liquides. Une stratégie nutritionnelle mal ajustée reste une cause fréquente de baisse de performance et de troubles digestifs à l’effort.
Les besoins énergétiques spécifiques des sports d’endurance
Les disciplines d’endurance — course à pied longue distance, cyclisme, triathlon, ski de fond, nage en eau libre — sollicitent massivement les filières énergétiques aérobies, qui reposent sur l’oxydation des glucides et des lipides. Les réserves de glycogène musculaire et hépatique constituent le principal facteur limitant lors d’efforts prolongés à intensité modérée à élevée : une fois ces réserves épuisées, la performance chute brutalement, un phénomène couramment appelé « mur » chez les coureurs de marathon.
Les besoins énergétiques quotidiens des sportifs d’endurance sont significativement plus élevés que ceux d’une personne sédentaire, et varient fortement selon le volume et l’intensité d’entraînement. Une alimentation suffisamment riche en glucides complexes au quotidien, associée à des apports protéiques et lipidiques adaptés, constitue la base sur laquelle s’appuient les ajustements spécifiques réalisés autour des séances et des compétitions.
Avant l’effort : constituer ses réserves
Dans les jours précédant une épreuve d’endurance longue, une augmentation progressive de la part des glucides dans l’alimentation — une pratique parfois appelée « surcharge glucidique » — permet de maximiser les réserves de glycogène musculaire, ce qui retarde l’apparition de la fatigue liée à leur épuisement. Cette stratégie est particulièrement pertinente pour les efforts dépassant environ 90 minutes.
Le repas précédant l’effort, idéalement pris trois à quatre heures avant le départ, doit privilégier des glucides à index glycémique modéré, limiter les fibres, les graisses et les protéines en excès, qui ralentissent la digestion, et éviter tout aliment inhabituel pouvant provoquer une intolérance digestive le jour de l’épreuve. Une collation légère, riche en glucides simples, peut être consommée dans l’heure précédant le départ pour compléter les réserves sans provoquer d’inconfort.
Pendant l’effort : hydratation et apports glucidiques
Pour les efforts de plus d’une heure, un apport glucidique régulier pendant l’exercice permet de maintenir la glycémie et de retarder l’épuisement des réserves de glycogène. Les recommandations usuelles se situent entre 30 et 60 grammes de glucides par heure pour des efforts d’une à deux heures trente, et peuvent atteindre 90 grammes par heure pour les efforts très longs, à condition d’entraîner préalablement la tolérance digestive à ces apports, notamment via des mélanges de plusieurs types de sucres.
L’hydratation doit être adaptée aux pertes sudorales, elles-mêmes très variables selon les individus, la température ambiante et l’intensité de l’effort. Boire selon la soif reste une approche raisonnable pour la majorité des efforts, en évitant les deux extrêmes que sont la déshydratation significative et l’hyperhydratation, qui peut conduire à une hyponatrémie dans de rares cas lors d’efforts très prolongés. Les boissons isotoniques, contenant à la fois glucides et électrolytes, sont souvent privilégiées lors des efforts longs pour combiner ces deux besoins.

Après l’effort : la récupération nutritionnelle
La période suivant immédiatement l’effort est propice à la resynthèse du glycogène musculaire, particulièrement rapide dans les deux heures qui suivent l’arrêt de l’exercice. Un apport combiné de glucides et de protéines, dans un ratio approximatif de trois pour un, favorise à la fois la reconstitution des réserves énergétiques et la réparation des microlésions musculaires engendrées par l’effort.
Sur les jours suivant un effort particulièrement intense ou prolongé, il convient de maintenir des apports glucidiques suffisants pour permettre une récupération complète des réserves, sous peine d’accumuler une fatigue chronique liée à un déficit énergétique répété, parfois appelé syndrome de sous-alimentation relative dans le sport. Le sommeil, souvent négligé dans les stratégies de récupération, joue également un rôle majeur dans la restauration des capacités physiques.
Hydratation et électrolytes : un enjeu central
La transpiration entraîne une perte non seulement d’eau, mais aussi d’électrolytes, en particulier de sodium, dont les quantités perdues varient fortement d’un individu à l’autre. Pour les efforts de longue durée ou par forte chaleur, un apport en sodium pendant l’effort, via des boissons ou des aliments salés, contribue à limiter les crampes et à préserver l’équilibre hydrique.
Après l’effort, la réhydratation doit tenir compte des pertes réelles, estimées le plus simplement par la différence de poids corporel avant et après la séance. Il est généralement recommandé de compenser environ 150 % du poids perdu en liquide dans les heures suivant l’effort, en incluant des apports sodés pour favoriser la rétention hydrique et une réhydratation efficace plutôt qu’une simple augmentation transitoire de la diurèse.
Prévenir les troubles digestifs liés à l’effort
Les troubles digestifs figurent parmi les incidents les plus fréquents lors des épreuves d’endurance longues, en particulier lors des courses à pied où les chocs répétés perturbent davantage la motricité intestinale que dans des disciplines comme le cyclisme. Ces troubles sont favorisés par une alimentation inhabituelle le jour de l’épreuve, un excès de fibres ou de graisses dans le repas précédant le départ, une concentration trop élevée en glucides dans les boissons consommées pendant l’effort, ou encore une déshydratation qui réduit le débit sanguin intestinal au profit des muscles sollicités.
La meilleure prévention consiste à tester systématiquement, lors des séances d’entraînement, les aliments et boissons prévus pour le jour de la compétition, afin d’entraîner la tolérance digestive et d’ajuster les quantités si nécessaire. Fractionner les apports glucidiques pendant l’effort en petites prises régulières, plutôt qu’en grandes quantités espacées, réduit également le risque d’inconfort digestif, tout comme le choix de textures et de formats adaptés — gels, barres, fruits secs, boissons — selon la tolérance individuelle et l’intensité de l’effort en cours.

Adapter la stratégie nutritionnelle selon la discipline et le contexte
Les besoins nutritionnels varient sensiblement d’une discipline d’endurance à l’autre. En cyclisme sur longue distance, où le portage du poids corporel est moindre que dans la course à pied, les quantités de nourriture solide tolérées pendant l’effort sont généralement plus importantes, ce qui permet une plus grande variété d’aliments. En natation en eau libre, l’accès à l’alimentation pendant l’effort étant plus limité, une préparation énergétique optimale avant le départ prend une importance accrue. Le trail et l’ultra-endurance, en raison de leur durée souvent supérieure à plusieurs heures, voire plusieurs jours, imposent une gestion nutritionnelle proche de celle de la vie quotidienne, incluant parfois des aliments salés et solides plutôt que la seule prise de produits énergétiques sucrés.
Les conditions climatiques influencent également fortement les besoins : la chaleur augmente les pertes hydriques et sodées, tandis que le froid peut réduire la sensation de soif et conduire à une déshydratation insidieuse malgré des pertes sudorales apparemment modestes. Adapter sa stratégie nutritionnelle aux conditions du jour, plutôt que d’appliquer un protocole figé établi à l’entraînement dans des conditions différentes, constitue une compétence à part entière que les sportifs expérimentés développent progressivement au fil des saisons et des compétitions.
L’expérimentation constitue en définitive le meilleur outil pour affiner sa propre stratégie nutritionnelle : tester différentes quantités, différents produits et différents horaires de prise alimentaire lors des séances d’entraînement longues, dans des conditions proches de celles de la compétition visée, permet d’identifier ce qui convient le mieux à chaque organisme. Cette phase de tâtonnement, parfois négligée par les pratiquants débutants impatients de passer directement à l’épreuve, réduit considérablement le risque de mauvaise surprise digestive ou énergétique le jour J, et contribue directement à la régularité et à la fiabilité de la performance sur la durée. Tenir un carnet d’entraînement notant les apports testés et les sensations ressenties facilite cette démarche progressive, en particulier avant une échéance importante.
Sources et références
- Thomas D.T., Erdman K.A., Burke L.M. (2016), « Nutrition and Athletic Performance », Joint Position Statement, American College of Sports Medicine, Academy of Nutrition and Dietetics, Dietitians of Canada.
- Jeukendrup A.E. (2014), « A step towards personalized sports nutrition: carbohydrate intake during exercise », Sports Medicine.
- Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) — Avis relatifs aux compléments alimentaires destinés aux sportifs et à l’hydratation à l’effort.
- Sawka M.N., Burke L.M., Eichner E.R. et al. (2007), « Exercise and Fluid Replacement », American College of Sports Medicine Position Stand.
- Harvard T.H. Chan School of Public Health, The Nutrition Source — « Nutrition for Athletes ».
Pour aller plus loin, voir aussi nos articles sur ajuster son alimentation selon son niveau d’activité physique, besoins réels en hydratation et glucides complexes et index glycémique.
Ces informations générales ne remplacent pas une consultation auprès d’un professionnel de santé.

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