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Acides gras saturés : ce que disent réellement les études récentes

Photo illustrative nutrition 42

À retenir : Les acides gras saturés ont longtemps été présentés comme uniformément néfastes pour la santé cardiovasculaire, mais les recherches des quinze dernières années apportent des nuances importantes : leur effet dépend fortement de l’aliment qui les porte, de ce qu’ils remplacent dans l’alimentation, et du contexte alimentaire global. Cela ne signifie pas qu’il faille en consommer sans limite, mais que l’approche par famille chimique isolée, sans tenir compte de l’aliment entier, est aujourd’hui jugée insuffisante par une partie de la communauté scientifique.

Qu’est-ce qu’un acide gras saturé et où le trouve-t-on ?

Les acides gras saturés se distinguent des acides gras insaturés par l’absence de double liaison dans leur chaîne carbonée, ce qui leur confère une structure plus stable et généralement un état solide à température ambiante. On les trouve en proportion variable dans le beurre, la crème, les fromages, les viandes grasses, la charcuterie, l’huile de coco et l’huile de palme, mais aussi, en quantités plus modestes, dans la plupart des aliments d’origine animale et dans certains produits de pâtisserie industrielle où ils sont utilisés pour leur texture et leur stabilité à la cuisson.

Toutes les sources d’acides gras saturés ne se valent pas sur le plan nutritionnel, car elles s’accompagnent de matrices alimentaires très différentes : le fromage apporte également du calcium, des protéines et des probiotiques selon les procédés de fabrication, tandis que la charcuterie transformée est souvent associée à des taux élevés de sel et d’additifs. Cette différence de « matrice alimentaire » est aujourd’hui considérée comme un facteur au moins aussi déterminant que la seule teneur en graisses saturées pour évaluer l’impact d’un aliment sur la santé.

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Ce que disaient les recommandations historiques

Les recommandations nutritionnelles des décennies 1970 à 2000 se sont largement construites sur l’hypothèse dite « lipidique », selon laquelle les acides gras saturés élèvent le cholestérol LDL et augmentent ainsi mécaniquement le risque cardiovasculaire. Cette hypothèse a conduit à des recommandations de réduction généralisée des graisses saturées, souvent en faveur d’un remplacement par des glucides raffinés ou des huiles végétales riches en oméga-6, un basculement dont les effets nets sur la santé cardiovasculaire à long terme sont aujourd’hui débattus par certains chercheurs.

L’Anses et la plupart des agences de santé maintiennent aujourd’hui une recommandation de limiter les apports en acides gras saturés à moins de 12 % de l’apport énergétique total, avec une attention particulière portée aux acides gras dits athérogènes comme l’acide laurique, myristique et palmitique. Cette recommandation reste justifiée par l’ensemble des données disponibles sur le cholestérol LDL, mais elle s’accompagne désormais de nuances plus fines sur la nature du remplacement effectué.

Les nuances apportées par les études récentes

Plusieurs méta-analyses et essais contrôlés publiés depuis le début des années 2010 ont mis en évidence que l’effet des acides gras saturés sur le risque cardiovasculaire dépend fortement de ce par quoi ils sont remplacés dans l’alimentation. Remplacer les graisses saturées par des acides gras polyinsaturés, notamment issus de l’huile d’olive ou des poissons gras, est associé à une réduction du risque cardiovasculaire. En revanche, les remplacer par des glucides raffinés, comme le pain blanc ou les sucres ajoutés, n’apporte pas le même bénéfice et peut même, dans certains cas, être associé à une dégradation du profil lipidique, avec une baisse du cholestérol HDL et une hausse des triglycérides.

Une autre nuance concerne la source alimentaire elle-même : plusieurs études de cohorte, notamment sur la consommation de produits laitiers entiers comme le fromage et le yaourt, n’ont pas retrouvé d’association significative avec un risque cardiovasculaire accru, contrairement à ce que suggérait l’approche uniquement centrée sur la teneur en graisses saturées. Ces résultats ont conduit des chercheurs de Harvard T.H. Chan School of Public Health et d’autres institutions à plaider pour une approche fondée sur les aliments entiers plutôt que sur les nutriments isolés, une logique qui rejoint les principes du Le régime crétois : origines et ce que la science en retient aujourd’hui, où les graisses proviennent majoritairement de sources traditionnelles peu transformées.

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Une lecture par aliment plutôt que par nutriment isolé

Cette évolution de la recherche ne signifie pas que les acides gras saturés sont désormais jugés sans conséquence : la charcuterie et les viandes rouges transformées restent associées, dans de nombreuses études, à un risque accru de maladies cardiovasculaires et de certains cancers, indépendamment de leur seule teneur en graisses saturées, du fait de la présence conjointe de sel, de nitrites et d’autres composés. À l’inverse, des aliments comme les fromages traditionnels, consommés avec modération dans le cadre d’une alimentation par ailleurs riche en légumes, légumineuses et huile d’olive, semblent avoir un impact plus neutre, voire favorable pour certains, sur les marqueurs cardiométaboliques.

Ce constat invite à raisonner en termes de qualité globale de l’alimentation plutôt qu’à diaboliser un nutriment isolé, une approche cohérente avec ce que révèlent les études sur les Zones bleues : ce que mangent les populations qui vivent le plus longtemps, où certaines populations consomment des produits laitiers ou de la viande en quantité modérée sans que cela nuise à leur longévité, dans un contexte alimentaire par ailleurs riche en végétaux. Concrètement, privilégier les sources de graisses insaturées pour la cuisson quotidienne, limiter la fréquence de la charcuterie, et intégrer les Protéines : de quoi a-t-on vraiment besoin ? dans une logique de qualité et de diversité des sources, reste une approche pragmatique et alignée avec les données actuelles, à ajuster selon le profil lipidique et cardiovasculaire de chacun, ce qui justifie un bilan personnalisé en cas d’antécédents.

Sources et références

  • Anses, Actualisation des repères du PNNS : révision des références nutritionnelles en acides gras, 2011.
  • Mozaffarian D, Micha R, Wallace S, « Effects on coronary heart disease of increasing polyunsaturated fat in place of saturated fat: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials », PLoS Medicine, 2010.
  • Astrup A, Magkos F, Bier DM, et al., « Saturated Fats and Health: A Reassessment and Proposal for Food-Based Recommendations », Journal of the American College of Cardiology, 2020.
  • Harvard T.H. Chan School of Public Health, The Nutrition Source, « Types of Fat ».
  • Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), Scientific Opinion on Dietary Reference Values for fats, 2010.

Ces informations générales ne remplacent pas une consultation auprès d’un professionnel de santé.

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